Le Jatropha curcas à Madagascar en tant que biocarburant

Le Jatropha curcas commence à se faire connaître progressivement. Sa culture est assurée avec l’avenir prometteur prévu pour cet ‘or vert du désert’ qui peut produire du biocarburant, un produit pouvant révolutionner le monde du pétrole.

Jatropha curcas

Les problèmes rencontrés dans la culture du Jatropha curcas à Madagascar

Malgré la constatation palpable du développement économique que le biodiesel du Jatropha curcas promet, quelques difficultés sont rencontrées dans la réalisation des travaux y afférents. Aucune étude bien définie n’a été soulignée pour sa plantation, alors que comme c’est une plante sauvage, sa culture doit être suivie méticuleusement. La médiocrité de la plante elle-même et de la production peut provenir de la mauvaise qualité des boutures ou bien des graines pour la semence. Dès le début du cycle de production, il faut s’assurer de la bonne performance de ces dernières, ce qui n’est pas facilement réalisable. Un des obstacles qui bloque son exploitation est l’octroi des terrains, surtout qu’aucune législation spécifique n’a été mise en place pour son droit d’exploitation et pour le droit foncier qui s’y rapporte.

L’infrastructure routière fait également partie des blocages de son exploitation. Effectivement, il s’avère compliqué de promouvoir ce produit dans les endroits difficiles d’accès. Par ailleurs, certains facteurs naturels ne sont pas très favorables à sa culture, à savoir : la sècheresse en dépit de sa résistance et aussi l’invasion des criquets. Malgré son caractère qui résiste à la sècheresse, cette dernière constitue une limite pour produire la récolte attendue et l’invasion des criquets ravage la plantation. Mais à part ces facteurs naturels, des actes humains comme le feu de brousse lui sont autant nuisibles.

Comme ce carburant résulte d’un phénomène bio, il est donc biodégradable, c’est-à-dire qu’il peut être détruit par des micro-organismes. Des complications concernant le soin et l’entretien sont pareillement rencontrées, l’organisation des travaux n’est pas facile non plus car les paysans, se trouvant dans les régions reculées, sont souvent ingérables. Les conseils des spécialistes ne sont pas suivis à 100 % par les paysans et il est assez difficile de les convaincre. Les cultivateurs locaux sont confrontés à un souci de financement car les prêts pour cette activité sont rares, voire même inexistants. Et même si le prêt est accordé, le taux semble être trop élevé et le remboursement pèse lourd.

Pour obtenir de l’huile destinée au carburant, il est utile de torréfier les graines à l’aide des presses, l’huile qui en sort doit être transestérifié. Une des difficultés rencontrées correspond à l’acquisition de la presse qui coûte trop cher et bien pire encore, la transestérification n’est pas possible à Madagascar. Il est faisable de le planter dans tout Madagascar, mais les régions qui lui sont les plus propices sont l’Ouest et l’Est grâce à leur climat pluvieux. Dans cette localité de l’Ouest et de l’Est, c’est le bouturage qui est la méthode qui semble être la plus appropriée. Cependant, le sol aride du Sud et des Hauts-Plateaux ne sont pas moindres. Dans ces parties de l’île, la semence est la mieux adaptée.

L’exploitation du Jatropha curcas à Madagascar

En dépit des problèmes qui ont été évoqués ci-dessus, plusieurs organismes étrangers implantés dans le pays, dans le but de produire du biodiesel, sont confiants sur l’avenir de cette culture. Voici quelques-uns de ces organismes choisissant de l’exploiter à grande échelle : Eco Régional Initiatives ou ERI, JatroGreen, Tom Investment, D1 Oils Madagascar, Green Energy Madagascar ou GEM, et Programme de Lutte Anti-Erosive ou PLAE.

Parlons en premier lieu des spécificités de ERI : son programme se situe dans deux grandes parties de Madagascar. La technique qu’il utilise est celle qui est la plus rassurante : la pépinière. Il domine sur 600 hectares dans la province de Fianarantsoa, plus précisément à Ranomafana et à Andringitra. Il adopte un champ mixte dont la vanille est le tuteur. L’autre province qu’il occupe est Tamatave. La quantité de terrain labourée dans cette province est dans les 80 hectares et on la trouve surtout à Zahamena, à Matandia et à Andasibe.

En second lieu, JatroGreen est une entité née de Jatrosolutions et de Green Island Madagascar. Il se distingue des autres par ses systèmes mécanisés lors de la récolte et pendant les phases de maintenance. Il dispose de tracteur et adopte l’irrigation artificielle afin de remédier au souci de sècheresse. Le sol qu’il exploite est bien traité, car il est fertilisé par les engrais GUANO MAD. Le système dont il se sert est également celui de la pépinière, et 3.000 hectares sont prévus à être plantés. Avec ces traitements particuliers qui ne sont pas l’apanage de tous les organismes, la prévision de quantité de produit attendue est de 4 tonnes par hectare. Les régions dans lesquelles JatroGreen concocte ces plantes sont les régions de la Haute-Matsiatra et celle d’Ambalavao à l’Ouest.

Le troisième organisme important est Tom Investment, faisant parti de MMF ou Madagascar Mineral Fields, il s’active notamment dans le Sud-Ouest, plus exactement à Sakaraha. Il opte également pour la plantation à l’aide d’une pépinière et au moins 5.000 hectares ont été occupés. Pour la saison 2007-2008, 85 millions d’Ariary sont destinés à son exploitation. Ces 5.000 hectares ne correspondent juste qu’à un champ pilote car leur prévision est de l’échelle de 1 million d’hectares cultivé.

Le quatrième, mais aussi l’un des plus impressionnants, est D1 Oils Madagascar. Cette entreprise d’origine britannique ne cultive pas uniquement à Madagascar, il développe également dans de nombreux pays d’Afrique. L’un de ses objectifs est de produire du biodiesel à un prix accessible à tous. C’est d’ailleurs le but de tous ces organismes. Alaotra Mangoro, Vakinankaratra et Boeny sont les zones où il cultive. Plus de 3.000 hectares sont actuellement plantés, mais leur objectif est de boiser dans les 20.000 hectares. D1 Oils Madagascar ne s’occupe pas directement de la plantation, il travaille en collaboration avec les paysans et cela sous contrat. Afin d’optimiser le résultat et afin de motiver ces paysans, il offre des semences gratuitement et des séances brèves de formation, dispensées par des spécialistes, existent pour les paysans. L’extraction qui les intéresse est celle avec les graines décortiquées car ces graines décortiquées fournissent 45 % d’huile.

Green Energy Madagascar ou GEM est le cinquième établissement qu’on va voir ici, il a les mêmes caractéristiques que D1 Oils Madagascar. Comme toutes les autres structures oeuvrant dans l’exploitation du Jatropha curcas en vue de sa transformation en biocarburant, la limite de son exploitation se situe à l’extraction ; sa transformation s’effectue donc dans les pays développés. Pour échapper à la monoculture, GEM travaille en collaboration avec WWF. A cet effet, sa diversification fait entrer en jeu WWF et FOFIFA. Ainsi, WWF propose d’espacer la plantation de Jatropha d’une rangée de Neem tous les 5 mètres. Le Neem est un arbre qui produit également du biodiesel et qui est aussi destiné au feu de bois. Actuellement, GEM compte au moins : 4.000 employés et 10.000 hectares cultivés. L’Etat leur a offert l’utilisation de 40.000 hectares de terrain mais leur intention, d’ici 2010 est de pouvoir planter dans les 200.000 hectares. Mis à part les employés fixes qui y travaillent, il embauche des journaliers lors de la saison de récolte.

La dernière entité qui va être citée est donc le Programme de Lutte Anti-Erosive ou PLAE. Ce programme est financé par la coopération allemande KFW et aussi par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Il applique deux façons de procéder : l’utilisation de la pépinière qui est rencontrée dans leur plantation à Bezaha et à Marovoay, et l’utilisation des semences qui est réservée à leur exploitation à Soavina (au Nord-Ouest d’Ambositra). Pour cette dernière, c’est une culture mixte avec tuteur de grenadines.

Ces 6 sociétés sont les plus importantes sur ce secteur, mais d’autres prévoient de s’implanter à Madagascar pour cette même activité, à savoir : OJI Group, NEO (New Ecologic Oil) et J&J Group.

L’avenir de la culture du Jatropha se présente sous une très belle perspective grâce à tous ces organismes. De plus, elle tend à promouvoir la situation socio-économique des habitants de la brousse en leur donnant du travail. Il n’y a rien à craindre du côté des autres produits de l’agriculture car elle ne concurrence pas la plantation vivrière grâce à son développement à l’état sauvage. Pour Madagascar spécialement, la JIRAMA (eau et électricité de Madagascar) consomme environ 88.000 tonnes de carburant par an ; le pays entier, lui, consomme dans les 313.000 tonnes ; ainsi sa substitution aidera le pays. Du point de vue international, il aura un impact direct sur le prix du carburant et sûrement, des mesures incitatives seront prises pour sa culture.

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