Aujourd’hui, non seulement il a atteint d’autres continents et a beaucoup évolué, il n’en perd néanmoins pas cette essence empreinte d’histoires douloureuses, d’aspiration, de conflits, mais aussi d’amour et de paix.
Le blues, diminutif de l’expression britannique « Blue devils » ou « diables bleus » a pour connotation le fait de ruminer des idées noires, d’être pessimiste. Sa particularité réside dans l’utilisation de la « note bleue ». Généralement empreint de langueur, il suit une structure harmonique assez constante avec une cadence à quatre temps, plus ou moins lent. Aux instruments sommaires du début vinrent s’ajouter la guitare acoustique, le piano et l’harmonica.
En 1912, le bluesman W. C. Handy se fit accompagner par un orchestre et connut beaucoup de succès. Puis, avec la création de l’industrie du disque au cours des années 1920, des morceaux furent enregistrés, des artistes tels que Blind Lemon, Bessie Smith se révélèrent. Par ailleurs, les migrations du peuple noir américain en quête d’emploi vers les villes du nord comme Chicago ou Détroit, dans les années 1940-1950, vit l’évolution et la propagation de ce dernier. En effet, de sa forme traditionnelle, l’on découvre un genre plus urbain. Des groupes se formèrent et jouèrent dans des Clubs. Le style devient électrique, le son amplifié. Au fait, c’est de son lieu d’origine et de son implantation que dépend sa touche particulière.
Ainsi, le blues urbain qu’interprétèrent entre autres par Muddy Waters, Howlin’ Wolf, originaires de Mississipi se rapproche beaucoup plus du style de ses provenances. Des variantes apparurent avec les musiciens comme T-Bone Walker ou encore le style plus personnel de John Lee Hooker. Big Joe Turner pour sa part, a laissé son style dans un autre genre, en y mélangeant le swing. En contact avec d’autres styles musicaux, il en inspira bons nombres d’autres : la musique country, le rock, que des artistes anglais s’approprièrent et les années 1960 virent l’apparition de nouveaux passionnés : les Yardbirds, les Bluesbreakers... Oublié pendant quelque temps, c’est d’ailleurs à travers des musiciens comme Eric Clapton, John Mayall qu’il renoue avec son public.
Leurs interprétations ont permis un retour à la source avec dans les années 1980, un style plus rock de Stevie Ray Vaughan, de ZZ top. Parallèlement, le cinéma s’en mêle avec entre autres le film « Crossroads » en 1986. L’année 2003 qui lui fût consacré voit la production des documentaires de Martin Scorsese. A nos jours, le blues rassemble plusieurs musiciens, ne connaissant pas de frontières. De la sorte, la France connaît aussi sa part de bluesmen talentueux tels Fred Chapellier, Paul Personne ou Jean-Pierre Danel avec son titre « NZ Girl Blues ».
Adopté pour chanter les aléas de leur vie quotidienne en 1980-1990, les ishumars l’ont adapté à leurs cultures musicales. Assurément nées d’un besoin de s’exprimer, que souvent les circonstances ne permettaient pas, les paroles étaient bien souvent teintées de nuances, de sous-entendus. Ainsi, Muddy Waters dans « I’m a Man » se dit être un homme dans le sens physique du terme et en sollicite aussi tous les droits humains y afférents. La tristesse et la mélancolie (to feel blue) furent certes très associées aux paroles du bluesman, cependant l’humour s’y glisse parfaitement ainsi que le spiritualisme.
Quant au mythe du pacte satanique, les textes faisant fréquemment allusion au sexe, à l’humour (parfois noir), à l’espoir et à la danse (trop sexuelle pour certains) lui confère cet aura mystique. Sinon la plupart des textes se veut laïc. Autrement, le blues sert à exprimer aussi bien l’ambiguïté de l’amour et de la haine.