Le punk est selon Greg Graffin, la prise de conscience de tout un chacun de sa faculté de se remettre en question et d’agir en conséquence. Le contexte politico-social, économique et musical des débuts des années 1970 se prêtait à l’émergence d’un style musical associé à un mouvement de contestation. Pas compliqué, avec des textes plutôt hurlés que chantés, et dérivant du rock, le groupe Ramones, précurseur du style aux Etats-Unis, représentait à la perfection cette image de négligés, se fichant du « qu’en dira-t-on ».
Fans des Stooges, ils sont au départ un de ces groupes de « garages » qui malmenaient guitares électriques et criaient des mots inintelligibles. En Angleterre, ce sont les Sex Pistols qui, avec leurs attitudes et chansons résolument provocatrices et dures, montrant d’un doigt accusateur la morale bourgeoise, le politiquement correct, ont ouvert la voie au mouvement de révolte et à la recréation du monde du rock. Anarchistes et anticonformistes, ils ont ainsi scandalisé tout le Royaume-Uni avec leur version très controversée du « God Save The Queen ».
Dans la foulée, revendiquant une liberté de création et de production, d’un désintéressement matériel en prônant l’autosuffisance comme valeur, mais surtout pour échapper aux filets de l’industrie du disque, et adoptant les principes du « Do It Yourself », les punks se créent une idéologie propre. Par ailleurs, la dénomination du mouvement de contestation sociale vient de l’anglais « sans valeur » que les adeptes endossent bien volontiers, marquant ainsi leur goût pour l’auto-dérision, l’auto-destruction, le chaos. En effet, on l’associe souvent au nihilisme, mais bien plus que le refus de sa propre existence (d’où la consommation de drogue, d’alcool), c’est le reflet d’un monde sans avenir, sombre et d’une colère contre le Système d’une complaisance coupable, que les initiateurs du mouvement ont voulu dénoncer. Quant à la symbolique du désordre, tant par leurs spectacles infernales que par leur graphique et esthétique, il renvoie tout simplement au dessein de détruire pour mieux recréer librement. Par ailleurs, la styliste Vivienne Westwood a su redessiner le style vestimentaire « punkiste » de la rue, en une version chic.
Le mouvement contestataire, avide d’indépendance, s’est même créé un support média autonome : les « fanzines », même si la diffusion se trouve restreinte. Voulant à tout prix éloigner l’appât du gain, un des groupes initiateurs du style mais en rock anglais, les Clash, n’ont pourtant pas pu s’empêcher de signer avec CBS à la grande consternation des fans. Toutefois et parfois au risque de diminuer leurs royalties, les membres des Clash ont toujours voulu que leurs concerts et albums se vendent à des prix raisonnables afin de toucher un large public, but de la signature de leur contrat. En France, les Béruriers noirs ont fait pareil. Mais par ce geste, les Clash ont ouvert une brèche commerciale et aujourd’hui le style fait beaucoup vendre. Et bien que l’original soit déclaré mort, de nouvelles versions mixant hardcore, métal, émergent dans les années 1990.
Aujourd’hui, il est surtout une musique-symbole (de rébellion ou simplement de marginalité), destinée aux adolescents. Néanmoins, quelques irréductibles du mouvement contestataire authentique du punk tentent de faire perdurer l’esprit militant car pour cela, il ne s’agit pas seulement de provoquer, mais aussi d’agir pour des causes : le racisme, sexisme…
