Ainsi au marché de Bamako, de Mopti, au Mali, on trouve de tout. Des espèces d’oiseaux qu’on considère ici (et là-bas) chassables, et d’autres qu’on ne mangerait pas chez nous (cormorans) ou qui sont protégés par les lois internationales.
En 2001, je suis allé en Mauritanie, comme tous les ans, aider à la formation des fonctionnaires nationaux dans les domaines de l’ornithologie, à leur sensibilisation au maintien et à la gestion de leurs zones humides. Dans l’Est, une grande région administrative, le Hodh el Gharbi, je suis allé en compagnie d’un collègue et d’un technicien mauritanien visiter, dénombrer des zones humides typiques : des tamourts : ce sont des mares, généralement temporaires dans ces latitudes, qui se remplissent durant "l’hivernage", autrement dit la saison humide, puis progressivement, se réduisent , s’assèchent à l’approche et durant la saison sèche. Ce sont des zones à faible déclivité dont le centre, le plus longtemps humide est peuplée de superbes arbres, des acacias du Nil (acacia nilotica). Ce sont ces arbres qui auraient donnés leur nom aux "tamourts", "amourt" étant l’appellation Hassanyia de ce ligneux majestueux.
Et c’est donc sur une de ces tamourts, où l’on avait connaissance du stationnement d’une centaine de cigognes blanches, que nous avons, autour d’un thé, pu converser avec un berger. Au bout d’un long moment, et de longues tergiversations, dont seuls des Maures ont le secret, guide et berger se sont éclipsés. Au bout de 2 heures, le technicien est revenu, seul, mais toutes dents dehors, satisfait. Et il y avait de quoi. Il rapportait les bagues de 4 cigognes différentes. Seul, le berger les avait tuées, au fusil de chasse au bord de l’eau. Nous étions en janvier. Il avait commencé en octobre.
Pas de chance pour les cigognes. Mais à l’évidence, elles sont appréciées : gros oiseaux, coup de fusil sur, facile. Pas forcément bon, mais plutôt rentable dans un pays où la cartouche n’est pas donnée si l’on gagne moins d’un euro par jour.
Ce qui finalement est intéressant, c’est que sur une centaine de cigognes dans quelle proportion ? 5% au mieux sont baguées en Europe, il en prélevait 4. Calcul aisé. Que le même berger recommence dès qu’il le peut, tous les ans. Qu’il n’est pas le seul à agir ainsi sur ce spot. qu’il exite des dizaines de zones humides de ce type et fréquentées par les cigognes (entre autres !!) dans le sud mauritanien.
Dans les années 70, la sècheresse qui tuait le Sahel était la raison avancée du faible retour d’oiseaux migrateurs dans nos pays. Moins de 5% des cigognes nées en France y revenaient un jour. Aujourd’hui, personne ne rêve, on est toujours dans un climat particulièrement aride, des terres en limite de stérilité et dont la production est toujours fragile, le travail des paysans rarement payé de retour ; les troupeaux y sont nombreux, les bovins, ovins, caprins, camelins innombrables : question de culture. Ces animaux broutent tout ce qu’elles peuvent, et ne contribuent pas au maintien des écosystèmes autrefois les plus riches. Mais comment faire comprendre que mieux vaut 100 bêtes grasses que 1000 faméliques...
Aujourd’hui, donc, les cigognes ne reviennent pas beaucoup plus souvent mais ce que l’on sait, c’est qu’elles ne meurent plus de la sécheresse.
Cette année encore j’ai eu connaissance de plusieurs oiseaux tués au même endroit et ai pu rapporter quelques bagues. Au moins les connaissances dans la phrénologie migratoire avancent au même rythme que celles concernant les habitudes alimentaires des tribus dans des pays au développement difficile !... et grâce à elles.
Maurice BENMERGUI ©2006
Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable
Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage
Direction des Etudes et de la Recherche
Centre National d’Etudes et de Recherche Appliquée sur l’Avifaune Migratrice
"Pôle Habitats"
Station de la Dombes
01 330 Birieux